Du 1ᵉʳ novembre 2026 au 31 mars 2027, aucun fournisseur ne peut couper l’électricité ou le gaz d’une résidence principale pour impayé. Mais la protection n’est pas identique partout : l’électricité peut voir sa puissance réduite, sauf pour les bénéficiaires du chèque énergie ayant transmis leur attestation. Le gaz, lui, reste protégé à 100 % pendant toute la trêve.
Un courrier de relance qui s’accumule dans la boîte aux lettres, la peur de se retrouver sans chauffage en plein hiver : chaque année, la trêve hivernale rassure une partie des foyers français en difficulté de paiement. Mais ce que cette période protège réellement reste souvent mal compris, y compris par des ménages directement concernés.
Ce que la trêve hivernale interdit, et ce qu’elle autorise encore
La trêve hivernale 2026-2027 court du 1ᵉʳ novembre 2026 au 31 mars 2027. Durant cette période, aucun fournisseur d’énergie ne peut couper l’électricité ou le gaz d’une résidence principale pour cause de factures impayées.
Mais un point technique change tout pour les foyers électriques : la loi ne prévoit de réduction de puissance que pour l’électricité. Autrement dit, un fournisseur peut légalement réduire la puissance disponible sur un compteur électrique en cas d’impayé, même pendant la trêve, sans toutefois couper totalement le courant. Pour le gaz, aucune réduction de ce type n’existe : hors trêve, un impayé de gaz mène directement à la coupure, ce qui rend la protection de la trêve hivernale d’autant plus déterminante pour les foyers chauffés au gaz.
Les chiffres 2025 publiés par le Médiateur national de l’énergie illustrent cette bascule : le médiateur national de l’énergie a recensé 948 000 réductions de puissance pour impayés, contre 143 625 coupures d’électricité, en recul de 30 % sur un an. Il y a désormais plus de six réductions de puissance pour une coupure. Du côté du gaz, la tendance est inverse : 108 962 coupures de gaz ont eu lieu en 2025, en hausse de près de 4 %, confirmant qu’aucune solution intermédiaire n’existe pour cette énergie en dehors de la trêve.
Le rôle décisif du chèque énergie pendant la trêve
Le chèque énergie change la donne pour les foyers électriques en difficulté. Cette aide est une subvention versée par l’État dont le montant est compris entre 48 euros et 277 euros selon les revenus et la composition du foyer fiscal, pour un montant moyen de 153 euros en 2026. Elle est attribuée automatiquement aux ménages dont le revenu fiscal de référence 2024 par unité de consommation est inférieur à 11 000 euros.
En 2026, 4,5 millions de foyers ont reçu automatiquement ce chèque : 3,8 millions dès la première vague d’avril, puis 700 000 supplémentaires identifiés par de nouveaux croisements de fichiers à partir du 1ᵉʳ mai. Un foyer éligible qui n’aurait pas reçu son chèque automatiquement peut encore en faire la demande en ligne jusqu’au 31 décembre 2026.
Transmettre l’attestation de son chèque énergie à son fournisseur permet, en plus de régler tout ou partie de sa facture, d’être protégé contre la réduction de puissance électrique pendant la trêve hivernale, une démarche simple, mais trop souvent négligée.
Bénéficiaire vs non-bénéficiaire du chèque énergie pendant la trêve
| Situation | Électricité | Gaz |
|---|---|---|
| Foyer non bénéficiaire du chèque énergie, en impayé | Réduction de puissance possible | Coupure interdite pendant la trêve uniquement |
| Foyer bénéficiaire ayant transmis son attestation | Puissance maintenue | Coupure interdite pendant la trêve uniquement |
| Hors période de trêve hivernale | Réduction de puissance possible | Coupure possible |
Une précarité énergétique qui reste préoccupante malgré une baisse des tensions sur les prix
Au-delà des seuls bridages, le tableau d’ensemble reste sombre pour de nombreux foyers. En 2025, les interventions pour factures impayées ont touché 1,2 million de ménages, un chiffre en légère baisse par rapport à 2024, mais qui reste très préoccupant. Signe que cette baisse ne reflète pas un apaisement généralisé : 36 % des foyers déclarent rencontrer des difficultés pour payer leurs factures d’énergie, contre 28 % en 2024.
Le Médiateur national de l’énergie lui-même pousse pour aller plus loin que le cadre actuel : il demande d’ailleurs l’interdiction totale des coupures pour impayés, toute l’année, avec un niveau minimal de fourniture garanti. Cette demande n’est, à ce jour, pas intégrée dans la réglementation en vigueur.
La démarche à faire avant la fin de l’année si vous êtes en difficulté
Plusieurs réflexes permettent de sécuriser sa situation avant que les tensions ne s’aggravent :
- Vérifier son éligibilité au chèque énergie sur chequeenergie.gouv.fr, même sans avoir reçu de courrier automatique.
- Transmettre sans tarder l’attestation de son chèque énergie à son fournisseur d’électricité pour éviter toute réduction de puissance.
- Contacter directement son fournisseur en cas de difficulté de paiement, pour tenter un échelonnement avant que la situation ne s’aggrave.
- Saisir le médiateur national de l’énergie en cas de blocage persistant avec un fournisseur.
Que se passe-t-il à la fin de la trêve, le 1ᵉʳ avril 2027 ?
Passé le 31 mars 2027, les protections de la trêve hivernale cessent de s’appliquer. Les coupures de gaz et d’électricité redeviennent possibles pour les foyers en impayé non régularisé, tout comme les réductions de puissance électrique pour les foyers non protégés par le chèque énergie. D’où l’intérêt de régulariser sa situation ou de solliciter un accompagnement pendant les mois d’hiver, plutôt que d’attendre la fin de cette période de protection.
Peut-on me couper le gaz si je ne paie pas ma facture ? Pendant la trêve hivernale, non : aucune coupure de gaz n’est possible pour une résidence principale, quel que soit le montant de l’impayé. Hors trêve, la coupure reste le seul recours du fournisseur pour le gaz, puisqu’aucune réduction de puissance n’existe pour cette énergie.
Le chèque énergie protège-t-il aussi le gaz ? Le chèque énergie permet de régler une facture de gaz comme d’électricité, mais la protection spécifique contre la réduction de puissance ne concerne que l’électricité, le gaz étant déjà protégé de toute interruption pendant la trêve.
Que faire si mon fournisseur coupe mon énergie pendant la trêve ? Il s’agit d’une situation irrégulière : contacter immédiatement le fournisseur, puis saisir le médiateur national de l’énergie si la situation ne se résout pas rapidement.
Comment transmettre mon attestation de chèque énergie à mon fournisseur ? L’attestation peut généralement être transmise via l’espace client en ligne du fournisseur ou par courrier, en suivant les indications fournies avec le chèque énergie lui-même.
Que faire si je n’ai pas reçu mon chèque énergie alors que je suis éligible ? Une demande peut être déposée en ligne sur chequeenergie.gouv.fr jusqu’au 31 décembre 2026 pour la campagne de l’année.
À retenir
- La trêve hivernale 2026-2027 court du 1ᵉʳ novembre 2026 au 31 mars 2027 et interdit toute coupure de gaz ou d’électricité pour impayé dans une résidence principale.
- Seule l’électricité peut faire l’objet d’une réduction de puissance pendant la trêve ; le gaz est protégé à 100 % contre toute interruption.
- En 2025, le Médiateur national de l’énergie a recensé 948 000 réductions de puissance électrique, contre 143 625 coupures, en baisse de 30 % sur un an.
- Le chèque énergie 2026 varie de 48 à 277 euros, pour un montant moyen de 153 euros, et protège contre la réduction de puissance électrique si l’attestation a été transmise au fournisseur.
- Malgré une baisse des tensions sur les prix, 36 % des foyers français déclarent encore des difficultés à payer leurs factures d’énergie en 2025.
Une protection utile, mais qui ne dispense pas d’agir avant le printemps
La trêve hivernale offre un répit réel, mais temporaire. Elle ne résout pas la précarité énergétique de fond que traverse une partie des foyers français, et le retour du printemps marque aussi celui des procédures de coupure et de réduction de puissance pour les situations non régularisées. Vérifier son éligibilité aux aides existantes, transmettre les bons documents à son fournisseur et ne pas laisser une situation d’impayé s’enliser restent les meilleurs réflexes pour aborder la sortie d’hiver sereinement.
Sources
- Ministère de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique / www.economie.gouv.fr/particuliers/gerer-mon-argent/comment-beneficier-du-cheque-energie
- Médiateur national de l’énergie, communiqué officiel sur les interventions pour impayés 2025 / www.energie-mediateur.fr/12-million-dinterventions-pour-impayes-de-factures-denergie-en-2025/
- Médiateur national de l’énergie, rapport d’activité 2025 / www.energie-mediateur.fr
- J’Économise, analyse des données du médiateur sur le bridage des compteurs / www.jechange.fr/energie/electricite/news/bridage-compteur-948000-2025-treve-interdit-coupure-pas-reduction-puissance
Photo de nicola dowie sur Unsplash


