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COP31 à Antalya : où en est la feuille de route française de sortie des énergies fossiles ?

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La COP31 se tient du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, avec un sommet des chefs d’État les 11 et 12 novembre. La France y porte sa feuille de route de sortie progressive des énergies fossiles, présentée en avril 2026 à Santa Marta, et pousse pour l’émergence d’une feuille de route mondiale sur le même sujet, pilotée par le Brésil.

Dans trois jours, Antalya accueillera l’un des plus grands rassemblements diplomatiques jamais organisés par la Turquie. Pour les collectivités françaises et les entreprises engagées dans la transition énergétique, cette COP31 n’est pas qu’un rendez-vous médiatique de plus : elle marque une étape où la France tente de transformer sa propre feuille de route nationale en levier d’influence internationale.

La COP31 en bref : dates, lieu, gouvernance inédite

La 31ᵉ Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques se tiendra du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie. Un format inhabituel caractérise cette édition : la Turquie reste présidente et hôte de la COP31, tandis que l’Australie dirige les négociations. Cette répartition des rôles, décidée après un accord entre les deux pays candidats à l’accueil de la conférence, explique une partie de la complexité organisationnelle de cette édition.

Pendant la COP31, les chefs d’État participeront à un sommet des dirigeants mondiaux à Antalya les 11 et 12 novembre. C’est traditionnellement à l’occasion de ce type de sommet que les annonces politiques les plus marquantes sont faites, avant que les négociations techniques ne prennent le relais jusqu’à la clôture.

La feuille de route française, présentée dès avril 2026

Contrairement à d’autres pays qui attendent la COP elle-même pour dévoiler leurs engagements, la France a choisi d’anticiper. Elle a présenté sa feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles à l’occasion de la première Conférence internationale sur ce sujet, à Santa Marta, en Colombie, du 24 au 29 avril 2026.

Le contexte de cette initiative mérite d’être rappelé : les énergies fossiles, principales responsables du changement climatique, représentent encore 75 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Face à ce constat, le symbole de la deuxième économie européenne jouant le jeu de cette feuille de route a été salué à Santa Marta, qui rassemblait des délégations venues discuter d’un sujet que les COP climatiques peinent à approfondir depuis plusieurs années.

Ce que prévoit concrètement la feuille de route

Le document français fixe un calendrier précis, structuré autour de trois échéances. La sortie du charbon est prévue à l’horizon 2030, celle du pétrole d’ici 2045, et celle du gaz fossile en 2050.

Cette trajectoire s’accompagne d’objectifs chiffrés sur la part des fossiles dans la consommation d’énergie : la part des énergies fossiles doit passer d’environ 60 % de la consommation finale d’énergie en 2023 à 40 % en 2030, puis à 30 % en 2035.

Le secteur du bâtiment, particulièrement concerné par le chauffage au fioul et au gaz, fait l’objet d’objectifs spécifiques : la feuille de route prévoit une réduction de 85 % des chaudières au fioul dans les bâtiments tertiaires et de 60 % dans les logements, à l’horizon 2030, avec une sortie totale d’ici 2035.

Sur le plan technique, la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) et la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) constituent les deux piliers de cette feuille de route. Un point de méthode important à souligner pour la rigueur de l’information : ce plan repose pour une large part sur les annonces de la SNBC, la feuille de route actualisée de la France pour devenir neutre en carbone en 2050. Il ne s’agit donc pas d’engagements entièrement nouveaux, mais d’une mise en cohérence de politiques existantes sous un même document.

Sur le volet production d’énergie décarbonée, le texte s’appuie sur des moyens déjà engagés : la construction de nouveaux réacteurs EPR2, le développement de l’éolien en mer et terrestre, la multiplication par trois de la puissance installée de solaire photovoltaïque d’ici 2035, ainsi que la progression de l’hydroélectricité, de l’hydrogène, du biométhane, des biocarburants et de la chaleur renouvelable. Cette orientation n’a rien d’anecdotique pour la France : le nucléaire et les énergies renouvelables permettent déjà une production électrique à plus de 95 % décarbonée dans le pays, un atout que la diplomatie française met régulièrement en avant dans les négociations internationales.

Une feuille de route mondiale en construction, sous présidence brésilienne

Au-delà de son propre plan, la France a cherché à peser sur l’agenda international. Aux côtés de l’Union européenne, la France a obtenu que la présidence brésilienne de la COP élabore, en 2026, une feuille de route mondiale vers la sortie des combustibles fossiles, qui doit être présentée avant la COP31.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’un engagement pris collectivement : la sortie des énergies fossiles a été actée en 2023 à Dubaï par près de 200 nations, lors de la COP28, sans que les éditions suivantes ne parviennent véritablement à transformer cet engagement en calendrier contraignant. La conférence de Santa Marta visait justement à sortir de cette impasse : aucune décision contraignante n’en est sortie, mais les participants entendaient s’unir pour envoyer un message fort au reste du monde et influencer la COP31.

Sur le terrain diplomatique, la France a mis en avant des porte-paroles directement engagés dans cette démarche. Benoît Faraco, représentant de la France à Santa Marta, a souligné que son pays faisait partie des rares nations à avoir fixé des échéances précises pour sortir des énergies fossiles. Un constat partagé par des observateurs extérieurs au gouvernement : Leo Roberts, analyste du centre de réflexion E3G présent à Santa Marta, a estimé que la France montrait la voie pour la fin des énergies fossiles à l’échelle d’une économie entière, une première à ses yeux.

Ce qui est acté vs ce qui reste en discussion à Antalya

ÉlémentStatut au 6 novembre 2026
Feuille de route française (charbon 2030, pétrole 2045, gaz 2050)Publiée et présentée depuis avril 2026
SNBC et PPE, piliers techniques du plan françaisDocuments existants, mobilisés dans la feuille de route
Objectifs bâtiment (fioul tertiaire -85 %, logements -60 % d’ici 2030)Inscrits dans la feuille de route française
Feuille de route mondiale pilotée par le BrésilAnnoncée, à présenter avant ou pendant la COP31
Dates et gouvernance de la COP31Confirmées : 9-20 novembre, Turquie présidente, Australie négociatrice
Résultat final des négociations d’AntalyaNon connu à ce jour, conférence non encore ouverte

Ce que la France met en avant sur son pavillon à Antalya

Sur son pavillon à la COP31, la programmation française valorise notamment la sortie de la dépendance aux énergies fossiles, à travers l’électrification, la lutte contre les émissions de méthane et les solutions bas-carbone, aux côtés de thématiques sur l’adaptation, la finance innovante et l’action climatique fondée sur la science. Plusieurs sessions sont déjà programmées sur ce pavillon pendant la conférence, signe que la France entend documenter concrètement sa démarche plutôt que de se contenter d’annonces générales.

Ce que cela change pour les collectivités et entreprises françaises

Pour une collectivité engagée dans un Plan Climat-Air-Énergie Territorial, ou pour une entreprise du secteur de la rénovation énergétique, cette feuille de route nationale n’est pas qu’un texte diplomatique abstrait. Les objectifs sectoriels qu’elle fixe, en particulier sur le bâtiment, préfigurent des arbitrages réglementaires et budgétaires à venir : calendrier de sortie des chaudières au fioul, priorité donnée à l’électrification des usages, trajectoire de réduction de la part des fossiles dans le mix énergétique national.

Reste que la portée réelle de cette feuille de route dépendra largement de deux facteurs : la capacité du gouvernement à la traduire en mesures budgétaires concrètes dans les lois de finances successives, et le sort réservé à la feuille de route mondiale que la France appelle de ses vœux à Antalya. Sans convergence internationale, l’exemplarité nationale affichée par la France reste un signal, pas une garantie de résultat.

FAQ

Qu’est-ce qu’une Contribution Déterminée au niveau National (CDN) ? Une Contribution Déterminée au niveau National est l’engagement climatique que chaque pays signataire de l’Accord de Paris dépose auprès de l’ONU, révisé périodiquement à la hausse pour renforcer l’ambition collective face au changement climatique.

La France a-t-elle déjà une loi de sortie des énergies fossiles ? La feuille de route présentée en avril 2026 ne crée pas de nouvelle loi : elle rassemble sous un même document des objectifs déjà portés par la Stratégie Nationale Bas-Carbone et la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie, sans ajouter d’engagement juridiquement contraignant nouveau.

Pourquoi la présidence de la COP31 est-elle partagée entre Turquie et Australie ? La Turquie assure la présidence officielle et l’accueil de la conférence à Antalya, tandis que l’Australie dirige les négociations diplomatiques, une répartition inédite issue d’un compromis entre les deux pays candidats à l’organisation de cette édition.

Que peut faire une collectivité française après la COP31 ? Une collectivité peut s’appuyer sur les objectifs sectoriels de la feuille de route nationale, notamment sur le bâtiment, pour orienter ses propres documents de planification énergétique et anticiper les évolutions réglementaires à venir.

À retenir

  • La COP31 se déroule du 9 au 20 novembre 2026 à Antalya, en Turquie, avec un sommet des chefs d’État les 11 et 12 novembre.
  • La présidence de la conférence revient à la Turquie, mais les négociations sont dirigées par l’Australie.
  • La France a présenté sa feuille de route de sortie des énergies fossiles dès avril 2026 à Santa Marta, avec trois échéances : charbon en 2030, pétrole en 2045, gaz fossile en 2050.
  • Cette feuille de route s’appuie sur des documents déjà existants, la SNBC et la PPE, sans créer de nouvel engagement contraignant.
  • La France pousse, avec l’Union européenne, pour qu’une feuille de route mondiale de sortie des fossiles, pilotée par le Brésil, soit présentée autour de la COP31.
  • Le résultat final des négociations d’Antalya n’est pas encore connu à la date de publication de cet article.

Une diplomatie climatique qui se joue aussi sur l’exemplarité nationale

La France arrive à Antalya avec un argument qu’elle met volontiers en avant : une électricité déjà largement décarbonée et un calendrier nommé pour sortir du charbon, du pétrole et du gaz. Mais la vraie bataille de cette COP31 ne se jouera pas uniquement sur les pavillons nationaux : elle se jouera sur la capacité collective à transformer des feuilles de route individuelles en trajectoire mondiale partagée. Pour les acteurs français de l’énergie et les collectivités, suivre l’issue de ces négociations reste utile, non pas pour en attendre une révolution immédiate, mais pour anticiper les prochains virages réglementaires qui en découleront.

Sources

  • Ministère de la Transition écologique, « La France dévoile sa feuille de route pour sortir des énergies fossiles » / www.ecologie.gouv.fr/actualites/france-devoile-sa-feuille-route-sortir-energies-fossiles
  • Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « La France dévoile sa feuille de route pour une sortie progressive des énergies fossiles » / www.diplomatie.gouv.fr/fr/le-ministere-en-action/contribuer-a-une-mondialisation-durable-et-equilibree/repondre-a-l-urgence-de-la-crise-climatique-et-environnementale/la-france-devoile-sa-feuille-de-route-pour-une-sortie-progressive-des-energies-fossiles
  • info.gouv.fr, « Fin des énergies fossiles : quels sont les objectifs de la France ? » / www.info.gouv.fr/actualite/fin-des-energies-fossiles-quels-sont-les-objectifs-de-la-france
  • Ministère de la Transition écologique, « La France à la COP31 » / www.ecologie.gouv.fr/rendez-vous/cop31-climat-priorite-lelectrification/france-cop31
  • CNER France, analyse de la feuille de route française / cner-france.com/la-france-devoile-sa-feuille-de-route-pour-une-sortie-progressive-des-energies-fossiles/
  • Le Singulier, reportage depuis Santa Marta / lesinguliersete.fr/la-france-presente-sa-feuille-de-route-pour-une-sortie-progressive-des-energies-fossiles/
  • L’Info Durable, « Sortie des fossiles : ce que contient vraiment la feuille de route française » / www.linfodurable.fr/politique/sortie-des-fossiles-ce-que-contient-vraiment-la-feuille-de-route-francaise-56038
  • CISL Cambridge, fiche informative COP31 / www.cisl.cam.ac.uk/cop-climate-change-conference/cop31-antalya-turkiye-9-20-november-2026

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