Carburant aux algues

Bientôt un carburant aux algues dans nos voitures ?

Les promesses des micro-algues en matière de rendement énergétique et leur très grande disponibilité font de ces organismes microscopiques un domaine de recherche incontournable actuellement. Dans une dizaine d’années (?), ces biocarburants de troisième génération devraient émerger sur le marché en remplacement des carburants traditionnels au moment où le dernier Plan Climat du gouvernement annonce pour 2040 la fin des véhicules thermiques. A Paris, l’échéance serait même portée à 2024 pour les véhicules diesel et 2030 pour ceux essence (Plan Climat ville de Paris 11/2017).

 

A côté des véhicules électriques et hybrides rechargeables, dont la progression en Europe s’est confirmée en 2017 avec
501 798 VE en circulation (0,9% du marché automobile global), peut-être verrons-nous bientôt rouler des véhicules à l’algocarburant. Pollution des moteurs thermiques, augmentation du prix des carburants, fiscalité écologique… les raisons de se déplacer plus proprement sont nombreuses aujourd’hui. Alors qu’un rapport de l’Ademe nous apprend que les voitures électriques ne sont pas si écologiques que les constructeurs l’affirment, le biocarburant aux micro-algues est-il la solution ? Le point sur ce végétal chlorophyllien microscopique aux centaines de milliers d’espèces que l’on trouve aussi bien dans les océans que les eaux douces.

Quelles algues?

Les microalgues, un organisme microscopique aux potentialités gigantesques…

Bénéficiant d’une très bonne image notamment par rapport aux carburants 1ère génération qui concurrencent l’industrie agro-alimentaire, les algues sont considérées par beaucoup comme le nouvel ‘or vert’. Et par d’autres, loin d’être une solution miraculeuse. Qui a raison ? L’avenir nous apportera les réponses.

En attendant, la course à cet or vert a bel et bien démarré. Et les retombées pour le labo qui trouvera le premier la formule magique de l’algocarburant, hors normes. L’avenir semble bel et bien appartenir à ce minuscule organisme aux ressources infinies. La fabrication de biocarburant n’est pas sa seule utilité, les micro-algues peuvent aussi produire de l’énergie et nous nourrir.

La Ville de Paris vient d’installer Place d’Alésia dans le 14ème une colonne dépolluante peuplée de micro-algues permettant de capter, aussi bien que 100 arbres, le CO2 présent dans l’air. Fruit de la collaboration entre Suez et la start-up Fermentalg, ce ‘puits de carbone’ sera testé à partir de l’été 2017 pendant un an avant de connaître les répercussions en matière de dépollution.

 

Du carburant 100% écolo?

Grâce leurs capacités à produire une grande quantité d’oxygène via l’énergie solaire renouvelable (40 % de la photosynthèse terrestre !), les algues permettent de réduire la présence de CO2 dans l’atmosphère.

En Septembre 2017, une équipe de chercheurs (Inserm, CEA, CNRS et Synchroton de Grenoble) a fait une découverte majeure : la transformation par un enzyme rare baptisée FAP (Fatty Acid Photodecarboxylase) des acides gras des chlorelles (micro-algues) en hydrocarbures via la photosynthèse. En clair, cette super photo-enzyme peut, grâce à la lumière, couper les acides gras de cette micro-algues en molécules d’hydrocarbures et de C02. Si 4 enzymes étaient déjà connus pour leurs capacités à utiliser l’énergie lumineuse, la FAP, selon un communiqué du CEA et du CNRS, est ‘au moins 10 fois plus rapide que la meilleure enzyme de synthèse d’hydrocarbure connue (…). Pour la fabrication d’un biocarburant, le choix du type d’algue est essentiel : elle doit être très riche en lipides.

La production d’algues en bassins ou dans des photobioréacteurs n’engendre que peu de pollution et leur rendement bien supérieur aux agrocarburants de 1ère génération (10 fois supérieur et même 25 fois pour le colza). Cultivées dans l’eau de mer, elles n’ont besoin que de soleil pour se développer.

Côté alimentation, on connaît déjà la spiruline, un des micro-organismes les plus anciens de la planète aux vertus extraordinaires. Consommée depuis des temps immémoriaux, cette algue des Incas est un super-aliment contenant environ 70 % de protéines d’excellente qualité. Antixoxydante, riche en minéraux, oligo-éléments et vitamines, la spiruline ou Arthrospira platensis est un véritable dopant naturel que les sportifs connaissent bien. Pouvant se substituer à la viande, elle apparaît comme une véritable solution contre la faim dans le monde.

Malgré leurs vertus, les algues sont encore très peu consommées en France. De très nombreuses variétés sont pourtant comestibles et notamment celles du littoral français : Agar-agar (Gelidium cartilagineum), Dulse (Palmaria palmata), Haricot de mer (Himanthalia elongata), laitue de mer (Ulva lactuca), Nori (Porphyra), Wakame (Undaria pinatifada)…

Super-aliment qui pourrait remplacer nos carburants conventionnels tout en dépolluant notre atmosphère, les micro-algues devraient rapidement faire parler d’elles. Enfin espèrons-le.

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